Comment améliorer l’observance des patients ?

 

De plus en plus nombreux du fait du vieillissement de la population et de nos modes de vie qui favorisent obésité, diabète, asthme ou hypertension artérielle, les patients chroniques

rechignent souvent à suivre un traitement lourd, long, voire à vie, aux effets secondaires parfois difficilement supportables. Renvoyés chaque jour à leur maladie, ils « oublient » de prendre leur traitement pour se donner l’illusion de reprendre sa vie en main.


Un patient est « observant » s’il prend au moins 80 % de son traitement, ce qui est rare, soit qu’il ne le prenne que partiellement, qu’il l’oublie ponctuellement ou qu’il n’en respecte pas les modalités d’administration. Il n’est pas naturel d’être observant. Près de 20 % des médicaments prescrits ne sont pas achetés, et la moitié ne sont pas consommés, même si le patient sait qu’il peut courir un gros risque.


À chacun sa bonne raison d’oublier, de se méfier, de redouter les effets secondaires, ou de se croire guéri. L’ordonnance peut rebuter au premier coup d’oeil : une liste impressionnante, des indications d’horaires, de doses, de prises à respecter à la lettre : un casse-tête qui exige une véritable organisation, médicaments toujours en vue, pense-bête… Le must du moment, c’est le pilulier, une petite boîte compartimentée qui contient tous les médicaments de la semaine, répartis par jour et par heure de prise, par le patient, un proche ou le pharmacien. Mais, avec l’âge et l’empilement des pathologies, l’important, c’est surtout de ne pas se tromper… Les plus jeunes comptent sur leur smartphone pour les alerter, et certains objets de santé connectés mesurent déjà en temps réel la glycémie ou encore la tension artérielle. En attendant les comprimés électroniques, véritables mouchards de l’observance, comme l’aripiprazole, dont la Food and Drug Administration (FDA) vient d’autoriser la commercialisation aux États-Unis…


Tout dépend aussi du contexte. Un patient hospitalisé peut être observant à l’hôpital puis cesser de l’être une fois sorti. Certains prennent des « vacances thérapeutiques » pendant leurs congés. Il faut compter aussi avec les « insoumis » qui, de leur propre initiative, interrompent leur traitement, diminuent les doses ou modifient les modalités de prise en réduisant leur nombre, leur durée, leur rythme pour limiter les risques qu’ils associent, à tort ou à raison, aux médicaments. Certains n’achètent qu’une boîte du médicament prescrit pour « l’expérimenter » ; d’autres trient sur l’ordonnance ce qui leur semble essentiel ; d’autres encore fixent des seuils, comme, par exemple, ne prendre des antibiotiques qu’au-dessus de 38,5°, autant de pratiques de substitution rarement révélées aux médecins.


Or une mauvaise observance finit par hypothéquer gravement la santé : près d’un quart des patients greffés ne prend pas leur traitement immunosuppresseur ; c’est la première cause de rejet ! Les personnes opérées de l’obésité pensent qu’elles sont guéries… Et rechutent, faute d’avoir pris les vitamines et les protéines indispensables. Il est désormais possible de prendre les anticancéreux en ambulatoire, mais il arrive que les patients ne fassent plus l’effort de surmonter les effets désagréables. Avec 8 000 décès et un million d’hospitalisations évitables, la non-observance coûterait 2 milliards d’euros par an à la collectivité.


Au-delà du traitement médicamenteux, l’observance englobe un ensemble de comportements témoignant de styles de vie sains, depuis l’alimentation, l’exercice physique, le renoncement à l’alcool, l’arrêt du tabac, mais aussi les examens, les contrôles et les visites régulières chez le médecin. Accompagnateur et éducateur, le médecin traitant est le mieux placé pour encourager son patient dans son observance.

Le nouveau patient demande à être traité comme un partenaire de lutte contre la maladie plus que comme un récepteur d’instructions. Or il a souvent du mal à dire à son médecin qu’il n’a pas compris ou pas pris son traitement, et le médecin ne prend pas toujours le temps de l’interroger. Pour que le patient coopère, il faut être pédagogue, complice et surtout bienveillant. C’est le rôle du médecin traitant mais aussi, par une éducation thérapeutique bien coordonnée dans le parcours de soins du patient, de tous les professionnels de santé. Toutes les études montrent que les patients mieux informés sur leur maladie et leur traitement suivent davantage leur prescription. Sans oublier l’entourage qui peut aider à pallier le manque de motivation, surtout si le traitement est contraignant.


Professionnel de santé de proximité, compétent et disponible, le pharmacien d’officine peut donner des conseils ponctuels et accompagner le patient dans la durée, pour l’aider à bien se traiter, à observer une bonne hygiène de vie et aussi gérer l’armoire à pharmacie familiale.

Des moyens simples existent pour faciliter l’observance : par exemple, pour les personnes âgées, le médecin et le pharmacien peuvent réduire le nombre de médicaments, par la fusion de deux médicaments en un seul ou en réduisant le nombre de prises. Les « entretiens pharmaceutiques », instaurés pour aider les patients chroniques au quotidien, démontrent que les pharmaciens sont les mieux placés pour délivrer et renforcer des messages de soutien, exercer une forme de coaching, mais aussi détecter les problèmes que peut rencontrer chaque patient.


« Toutes les études montrent

que les patients mieux informés sur leur maladie

et leur traitement » suivent davantage leur prescription

 

Source Le Figaro4 Dec 2017JEAN-LUC DELMAS Président honoraire de l’Académie nationale de pharmacie PROFESSEUR

 

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